mercredi 27 septembre 2006
mercredi 27 septembre 2006 à 12:43
Cette étudiante américaine très rousse qui écrivait sur un coin de feuille
It's funny when french students don't even understand.
L'Amérique. America. North America ?
Careful with that Axe, Eugene, conseil de Pink Floyd.
La trilogie américaine de Lars von Trier.
Manderlay, suite de
Dogville. Lars von Trier ne voyage pas, scrute l'Amérique en tant que concept, dérange pourtant, meurtrit, même. Lars
von Trier dit lire le Marquis
de Sade, trouver que Grace ressemble à Justine, penser qu'il faut poser des questions sans apporter de réponses. Sadique ? Si oui, masochiste aussi.
What's next ?
Le rire d'Alexandrine.
So.
Should I stay or should I go ?
(
This indecision bugging me)
un mot?
dimanche 24 septembre 2006
dimanche 24 septembre 2006 à 22:04
Qu'on me dise encore que la Suisse est une exception enclavée dans l'Europe :
tout aussi prompte à exclure. Ah oui c'est vrai, le chômage, les étrangers encore plus étrangers que les autres qui viennent nous piquer not' boulot. Joie! Les postes de femme de ménage et d'éboueur sont enfin libres.
Amnesty International regrette que "la Suisse se dote des lois les plus restrictives en Europe alors que les demandes d'asile n'ont jamais été aussi peu nombreuses depuis vingt ans".
5 mots
mardi 19 septembre 2006
mardi 19 septembre 2006 à 22:02
Je n’ai jamais écrit ça : le ciel de Montréal. J’en ai parlé un peu, les soirs de grande lassitude, j’ai décrit les rues trop larges, j’ai dit l’hôpital et son urgence de vivre, mais ce ciel sans étoiles, opaque, sale, pesait au-dessus de moi plus lourd que des mots.
J’étais devant l’écran immense de l’ordinateur de la fac, qui me fixait de son unique œil de cyclope, ouvert et sans paupière, vigilant et effrayant. Max m’avait écrit. C’est ma dernière lettre, je suis dans l’armée et je me suis porté volontaire pour l’Afghanistan.
Ce que j’ai vu en premier : ton sourire. Ton visage tout entier tendu et vivant dans un sourire. C’est toujours ce que je retiens des autres, ces levers de soleil.
Des lames froides passaient sur toute ma peau et coupaient des morceaux de mémoire. J’ai fait trébucher quelques phrases dans le vague, dans le vide, et puis je suis partie. Dehors, chaque regard brûlait d’un souvenir. Enfin la douleur atteint le nerf et on ne sent plus rien.
Quelques heures plus tôt je parlais de Katarzyna avec Laure, réunies par ce fil de voix qui mène à soi et à l’autre. Je lui disais ne pas savoir si on pouvait retenir quelqu’un dans la vie malgré lui, si on en avait même le droit. On a le devoir d’essayer, en tout cas.
Elle est morte seule Katarzyna, parce qu’elle avait coupé tous les ponts, verrouillé toutes les portes qui la reliaient au monde.
Il y a un banc, au parc Angrignon, près de la grille de la ferme. La première fois que je me suis assise là, c’était avec toi, face à deux arbres encore jeunes, un érable et un saule je crois. Un an plus tard, je suis revenue, seule, ils avaient grandi et leurs feuillages se rejoignaient presque.
Mon cœur a encore manqué un battement aujourd’hui, face à toi que je cherchais – avant – au premier rang des manifestations pacifistes, sur les photos de presse. Le temps qui me dépasse. Et toi ?
Ma mère m’a dit, pendant que je restais immobile sur ma chaise, mon regard planté dans cet autre regard aveugle, un hérisson passe dans le jardin, le chat ne lui fait rien et l’observe calmement.
Personne ne sauve personne. N’empêche qu’on aimerait bien trouver un coupable, quand on a mal au monde.
Il ne fait pas très beau à Lyon, mais l’air est doux et tiède, comme ouaté de lumière. A l’aller, j’avais pensé que chez toi, certains jours, il y avait aussi cette pâleur de doute. Rien à faire, j’ai cette ville dans le sang.
Je n’ai pas pris d’anxios. Je n’aime vraiment pas ça. J’ai fait des pâtes, versé le pesto, éparpillé le parmesan en un joli rond dans l’assiette. J’ai mangé ma bonne volonté avec toute sa sauce. J’ai mis la vaisselle dans l’évier, allumé la radio. Une femme, ou bien un homme, m’a déclaré qu’en Afghanistan, un attentat avait tué seize Américains, que c’était le plus meurtrier depuis la chute des Talibans. Je n’ai pas éteint la radio tout de suite, mais presque. Le silence fut pire.
Tu m’écris, dans ta lettre, que ta copine s’appelle Mylène, que tu crois qu’elle t’attendra, elle a accepté d’avorter parce que tu n’étais pas prêt. Je me rappelle tes mots, il y a … trois ans ? Tu m’affirmais entre choses et autres que tu ne voulais pas d’enfant, et tu ne me conseillais pas d’en avoir. J’approuvais à demi, j’avais quand même un peu mal, comme devant tout ce qui est définitif. C’est moche de ne pas pouvoir sourire en te voyant délaisser la certitude, maintenant.
Je ne t’ai envoyé qu’une seule lettre, moi. Je ne me souviens plus si elle était longue, ce qu’elle racontait. Je sais seulement qu’elle était heureuse. Et je sais aussi que je ne t’enverrai plus jamais de lettre. Je ne peux plus m’engoncer dans toute cette candeur lisse du papier, cet attirail d’éternelle fiancée. Mais je vis chacun, chacun des mots que je te destine. Fatiguée de la redondance et des sarcophages livides de peut-être.
Parfois je sens que le monde respire. Ca monte au coeur d’un coup, gonfle les poumons comme des montgolfières ; c’est mon souffle. Et ça me porte. Je ne vole pas bien sûr, les racines sont là, mais c’est une main qui tendrement me pousse, et en avant j’espère.
J’ai besoin du monde. Ca n’a l’air de rien, mais j’ai ce besoin viscéral de présences et de vrai, de chaleur et de partage, du hasard des rencontres, et puis de fissures. L’étanchéité me tue. Toi aussi, mais je crois que tu l’as un peu oublié. Dans The Catcher in the Rye, que tu me disais ne pas avoir pu finir, Holden lance Never tell anyone anything. If you do, you start missing everyone. Moi, je prends ça comme une raison de vivre. (There’s a lot of people that start missing you, too.)
Ce pas vers l’autre que Katarzyna m’a appris, et que j’aurais voulu pouvoir te montrer, en avoir l’espace et le temps.
Personne ne sauve personne, c’est vrai, mais qui ne souhaite freiner la fuite, quand l’horizon approche ?
Si seulement je te savais la fibre patriotique ou l’idéal naïf… Mais tu ne vas pas en guerre pour trouver une vie meilleure, non. Une vie tout court. Je ne sais pas comment on t’habitue à l’idée de tuer ou d’être tué, là-bas. Peut-être qu’on n'en parle même pas. Je refuse, moi, ce simulacre de préparation mentale que tu m’imposes, puisque, bien entendu, c’est ta dernière lettre.
Tu te souviens quand Shann s’irritait qu’on puisse se demander si le suicide relevait de la lâcheté ou du courage, et disait : Ne nous posons pas la question. C’est les deux.
Voilà, quoi.
J’aurais aimé apprendre que tu avais un bon ami, qui s’appelait Simon, avant qu’il ne soit mort. Mais, aller défier la mort si loin pour te punir de lui avoir survécu, tu crois vraiment que c’est une preuve d’amour ? Je vois surtout ton désespoir.
Je n’ai pas de leçon à te donner cependant. Je peux juste te dire que j’ai su qu’on pouvait revenir des points de non-retour, et que c’était aussi un choix.
Le ciel de Montréal, cette nuit-là, était brunâtre, inerte et indifférent ; je suis là à écrire et je ne veux pas que tu meures.
2 mots