In memoriam

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jeudi, juin 4 2009

En travaux

Le temps de retrouver ma mise en page initiale, camping et boîtes de conserve. Maudits soient les attaques de serveur-hébergeur et les fichiers .php.

mercredi, avril 1 2009

Nos crânes aux lunes creuses

Est-ce que mon crâne me ressemble ? Que révèle-t-il de moi qui ne soit déjà inscrit sur mon masque de peau ? Je suis intriguée, fascinée aussi. Je regarde chacun avec dans le regard, je le sens, une velléité de dissection. Je vois sous les yeux mobiles et brillants les orbites démesurées, béantes ; sous les dents plus ou moins blanches et régulières ce sourire cruel d'une mâchoire rigide... A quelques centimètres de la surface vivante, l'envers du décor, la clef de l'énigme. Tellement simple qu'elle en devient grotesque : pétrifiée et blanche, polie et luisante, la vérité nous fixe depuis deux bouches d'ombre.

Quelle différence entre mon crâne et le tien, chérie ? Quel cadavre te ronge vivante, beauté ? Étreins mes os, mon amour.

Sans dégoût, pourtant. Cette évidence de marbre me laisse simplement songeuse.

lundi, février 23 2009

The place of mirrors

Des nuits que je rêve de Chicago, que je me réveille avec l'éclat de la neige et du lac Michigan incrusté derrière les paupières. Et fiché dans le coeur.

Green Mill

La femme blonde ressemble, de profil, à l'actrice des Ailes du Désir de Wenders. Elle ne regarde jamais l'orchestre de jazz manouche enfiévré, parcouru de sursauts. Grave. De face on voit qu'elle a un visage plus ovale et plus fin, des cheveux plus longs, un manteau de fourrure. Beauté slave et mélancolique, joue avec sa coupe de rouge et sourit imperceptiblement quand les applaudissements bourdonnent. Dans un autre coin, un couple mêle et entremêle doigts et peau, la jeune femme s'ennuie sans doute un peu, mais ses yeux brillent quand les notes deviennent folles ; derrière eux deux étudiants un soupçon négligés écoutent religieusement. Tous projetés, et moi avec, au temps de la prohibition et des speakeasies, dans ce bar et club de jazz qui fut le préféré d'Al Capone.

Lake Michigan

D'un bleu tirant sur le vert, glacé. Marcher des heures, tête baissée, éblouie. Ma montre s'est arrêtée à quatre heures et quart. J'ai perdu toute notion du temps et du froid, ne restait que Lake Shore déserte, l'azur lancinant et mes pas mal assurés. Écume et vent : un horizon violent.

Downtown - the Loop

Buildings qui, de près, disparaissaient les uns derrière les autres. Les rues sont toujours aussi larges. Les gens toujours aussi rares. La ville nord-américaine est immensité et solitude. Je comprends mieux ma douleur sans contours, à Montréal.

Appris par cœur et murmuré toute la journée Changing of the guards, version de Patti Smith, née à Chicago un jour de tempête.

The Captain is down but still believing that his love will be repaid.

lundi, janvier 26 2009

Headache

Compliquées. Les choses le sont. Le vélo file, facile. La route est douce sous mes jambes raides. Un petit mal à la tête que je voudrais rendre aussi souple qu'un ruban enroulé dans mes roues. Il est six heures et quart, j'ai laissé la bibliothèque surchauffée derrière moi, et les berges ont l'haleine froide de la nuit.

Je voudrais arpenter encore le pavé parisien. Des jours interminables.
Chicago m'attend... je porte ma veste neuve achetée exprès, lourde et épaisse. Un avant-goût, un réconfort... Cette ville me semble folle, et je suis de nouveau amoureuse de l'Amérique. Vivement, vivement.

C'est con, je me demande souvent, ces temps-ci - des temps recroquevillés, coupables, velléitaires - comment j'ai appris à embrasser, si j'ai jamais appris, si on peut oublier. Pas grand monde dans ma vie, non, pas grand monde.

dimanche, novembre 9 2008

Passer sans laisser de trace

J'aimerais pouvoir entendre les murmures qui se perdent dans la ville.
J'ai entendu les cris de joie lus sur les visages : change has come to America.

Les fleuves étaient en crue il y a quelques semaines. L'eau sur les pierres. L'eau près de nous. L'enfant serre plus fort la main de sa mère.

Je n'aurai pas d'enfant. Je l'ai su avant-hier parce que c'était mon anniversaire et que j'ai pensé : j'atteindrai un jour l'âge auquel ma mère m'a eue. Je renonce à tout ce qui pourrait me retenir et qui ne me retiendra pas. Je m'efface des mémoires avant que les mémoires ne m'effacent. Je défais les cordes fil à fil. Et j'entre dans ma vie.

Les fleuves se sont rangés dans le corset serré des berges. L'enfant lâche la main de sa mère et s'échappe en courant.

dimanche, septembre 21 2008

Infiltration

Ma fenêtre fuit. Tout est vieux et usé ici, le plastique des rainures laisse passer la pluie violente des orages. Flaque sur le rebord intérieur, en rentrant. Impression de mousson, et air de misère, avec mes serpillères à tordre en vitesse dans la baignoire inutile. J'achète du mastic des gants du papier de verre, et je pars en quête de joints en PVC introuvables. Résignée. La lumière faiblissante, fraîche, de l'automne rachète tout : elle occulte les salissures, les taches d'humidité, les fêlures, tout ce contre quoi je lutte et renonce successivement. En été, quand la lumière parvient à blesser les murs du fond, tout ressort, comme une peau abîmée au petit matin, après les mensonges de la pénombre. Et c'est ma peau qui me démange, je serre les poings : je pourrais cogner les murs qui s'effondreraient, leur arracher ce papier qui partirait si facilement, ce parchemin gris malgré la peinture blanche, si facilement se décollerait par pans entiers, lambeaux d'existence sordide, saleté enfouie que l'eau de javel n'inquiète même pas, saleté ! A gratter, à écorcher, à détruire ! Mal-être et violence.
Et puis vient l'automne et son rideau de velours et j'entreprends de grands travaux amoureux. Nous ne pouvons nous aimer que dans le noir.

samedi, septembre 6 2008

Leidsegracht

Dans le port d'Amsterdam... il y avait un festival de films en plein air. Il faisait froid, aussi on nous prêtait des couvertures dans lesquelles s'enrouler, lové au fond d'antiques transats, qui craquaient parfois, en expulsant brutalement leur locataire (et il y avait de la bière qui se perdait). La nuit était belle.

Les jours étaient gris. Puis lumineux. Tristes, et heureux. Infinis !

Briques everywhere, jusque dans la forme des maisons, hautes et étroites ; tordues et chancelantes en apparence, mais centenaires. Vénérables vieilles folles, on s'accroche désespérément à vos mains courantes, dans ces escaliers trop raides qui vous servent de jupons empesés.
L'eau lisse des canaux émoussait les arêtes. Je me souviens d'une association insolite de mots, tout à coup : rectangulaire et lyrique. C'était ça, vraiment ça.

Je pensais souvent, je vivrais bien ici. Bien.

dimanche, juillet 20 2008

Et la réalité rugueuse à étreindre

J'ai enfin pu caresser le chat de la maison d'en bas. Une sorte de chalet miteux et bétonné, cette maison. Minuit passé, un peu de vent. Il avait l'air inquiet. Les feux d'artifices peut-être, ça doit ressembler à un gros orage, un 14 juillet, pour un chat. Ça faisait bien un an qu'on s'observait de plus ou moins loin, lui méfiant, moi prudente. Sous la fourrure, les os d'un adolescent.

Je fais un peu tout. Désinvolte, mais pas nonchalante. Organiser concerts comme voyage chez mon père, écrire à Max et ne pas écrire. Il paraît qu'il fait froid à Amsterdam. Pas d'été. Je me dis que tu ne répondras pas. Pas grave ? Pas grave. Diplôme en poche. Enfin. Et fin.

Il fait parfois froid, ici aussi.

lundi, mai 19 2008

Et le cerveau tombe qui a tant roulé

Cerveau, cerceau, même combat. C'est Michaux qui le dit.

Examens. Découvrir des salles sombres, inconnues, au bout de couloirs interminables, et argumenter pendant trois-quatre heures. Machine à disserter. Automatisme de l'introduction-conclusion. Stress. Mes cheveux qui tombent. Un peu. Mais mes bras bronzés : lire de gros volumes scolaires au parfum aigre, lunettes de soleil sur le nez.

(Vivement la fin, quand même)

lundi, mai 5 2008

What better place than here

Patti Smith, son visage anguleux et marqué, ses os, angles partout, dans la voix, pareil. Et cette chair pourtant, ce galbe de la poésie. Ses cheveux fous et moutonnants, aussi. Doux frou-frou. Sa façon de lire Virigina Woolf à la Fondation Cartier, mimant, habitant les Waves.
Crache sur scène et récite des vers. C'est comme ça que j'aime la poésie, vécue, dans la rage comme dans le sublime.
Rage Against the Machine, d'ailleurs. Montréal. Besoin irrépressible de musique qui hurle, besoin d'une onde qui fasse de moi un tambour. Tympans, ventre, nuque. Tout plié, agité, secoué. Tout bien vivant.

It has to start somewhere
It has to start sometime
What better place than here
What better time than now





Caroline sort mercredi.

lundi, avril 7 2008

L'eau lourde


La jeune martyre, Delaroche


C'est n'importe quoi. Je parle de Bérénice, de noyées, je repense à cette peinture obsédante de beauté trouble, je mets un billet hors ligne en attendant d'avoir envie de parler d'eau lourde et de Marie Curie qui la manipulait, de méduses radioactives qui flotteraient autour de nos épaves coulées, tout ça ; et puis Caroline essaye de se tuer un dimanche soir.

samedi, mars 1 2008

La première fois qu'Aurélien vit Bérénice...

Aurélien réveille un jour en moi, comme un ciel qui s'éclaire, une rumeur qui monte puis s'élève. Eaux vertes de la piscine de la rue d'Oberkampf, dit Aragon, eaux douces et lisses, troubles et sensuelles, le corps de Bérénice. Cette envie de nager moi aussi, de sentir les bras des vagues sur ma peau. Qui m'entoureraient. Un manque. Un masque. C'est drôle, une seule lettre de la vérité au mensonge.

Guy Béart chante ma chanson, devenue celle de Bérénice.

Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai

Le seul souvenir de cette chaleur fait paraître la chambre plus froide. Ta voix au bout du fil. Je ne suis pas Bérénice. Je faiblis, cède, et concède. Mon visage n'est pas le masque d'une noyée. L'absolu ne me tuera pas avant d'avoir tout arraché, aspiré, fatigué et usé. Lutter contre le courant, toujours. Je ne suis pas Bérénice : je veux vivre. Qui ne fait mieux que sa vie ?

dimanche, décembre 2 2007

The rest will flow

J'ai vu bien des choses. Quelles choses m'ont vue ?

Le vent en traversant le pont, à peine frais, encore un peu tiède, chaque cheveu de ma tête décolle et voyage. C'était il y a longtemps. Plusieurs jours.
Une vieille dame, minuscule vieille dame, silhouette de volcan éteint ramassée dans un épais manteau de fourrure rayée, fragiles mèches de coton effilochées sur le crâne ; furieuse, méchante petite vielle dame qui soudain vocifère une insanité suraigüe à l'adresse de la jeune femme dont le tort est d'avoir croisé son regard.

Et puis ce texte, notre texte.

On était toutes les deux là, assises dans l'herbe, et on regardait. Un été, nos quatorze ans, ça fait loin quand on y pense, à s'inventer les lignes droites d'une histoire, d'une vie, quelque chose qui tienne la route enfin.

Moi je me souviens juste qu'on était assises dans l'herbe, qu'un rayon de soleil me faisait peur sur ta peau trop blanche, et qu'on parlait de la vie comme d'une saison à venir.
Tu te retenais de rire... et je savais les tours et détours que ça prenait, de te faire céder, de t'emporter un peu dans cette chute du grave à l'aigu, ton rire qui traînait des sons de pas prudents sans être perdus. On se déchirait souvent. C'était ma violence apprise ; c'était ce que tu voulais prendre au monde. Et quand je repense aujourd'hui à nos heurts, je retrouve tout, intact, parce que c'est encore moi, les silences l'angoisse, les nuits blanches à espérer notre réconciliation, et la joie indicible d'être encore ton amie.

C'est drôle tu sais, sept ans à te savoir vivre si loin, absorbée par un parallèle qu’on dit hémisphère, courbée par les souvenirs, déformée peut-être. Mon coeur te rend mienne à chacun de tes mots.

J'ai oublié ce dernier jour, la salle d'attente bruyante de l'aéroport, ce téléphone où je n'entendais pas ta voix, et la mienne, faible, qui disait, quoi ? J'ai gardé le bout de papier arraché à une enveloppe et glissé secrètement dans mon sac ; je me demande si ton écriture est toujours aussi ronde.

Tu vois, c'est encore l'unique moyen que j'ai de m'appréhender, en écho, à travers toi, à travers l'autre : j'aimerai toujours davantage le monde en moi que moi dans le monde.

mardi, novembre 27 2007

Pièces

La salle de dessin vide. Un rayon de soleil fait une large traînée de couleur sur les tables. Je regarde les tableaux à demi achevés, à demi commencés. Paysage marin, masque africain, portait d'après Modigliani. Je m'assois, m'étale dans le jaune, lui offre toute ma tête. Je ferme les yeux et je pense à elle, inconnue, à toi, amie, qui qui ne ressens plus cette vie, toi qu'on maintient seulement en vie à l'hôpital, toi qui, peut-être, te réveilleras comme je me suis réveillée, un rayon de soleil filtrant derrière la vitre, et un chat lové dans cette chaleur.

dimanche, novembre 11 2007

D'un coup

Parfois, ça revient. Enfin non, ce n'est pas un retour, c'est nouveau ; mais c'est là. Je veux dire : en tête soudain l'image de l'armoire de la salle de bains, savoir les boîtes empilées, sages, fermées, et se dire : et si... Ça ne mène à rien, littéralement : je ne fais rien. Ca passe, vite, vite. Mais je me suis entrevue, écartant les miroirs qui me fixent et que je hais toujours - through the looking glass (and what I found there). Et si, d'un coup, d'un pas ? Ces petits frayeurs masochistes d'un pouvoir nouvellement acquis : la maîtrise. Et se sentir vivant, parce qu'on le choisit encore.

Il faut que je relise Les Faux-monnayeurs.

(Et l'hiver me fait revoir Eyes Wide Shut.)

samedi, octobre 20 2007

Univers

Voix aiguës des filles dans les couloirs. Voix montante et descendante des profs. Pages qu'on tourne. Claviers frappés. Chaises qui s'entrechoquent à la fin des cours. Cliquetis de couverts au Restau U. Rires de temps en temps. Claquement sec de la balle jaune, bien au centre du tamis de la raquette.

A défaut de mots, ces sons familiers.

dimanche, octobre 14 2007

Editions Le Cri

A Bruxelles, peu avant d'aller sonner à ta porte, je m'étais rendue aux Editions le Cri. Elles seules possédaient ce livre rare et qui m'est déjà cher. J'ai mis longtemps à trouver le bâtiment banal qui faisait angle, au n° 1 de la rue Victor Greyson, face à un rond-point désert. La porte d'un blanc écaillé était fermée, les vitres rendues opaques par divers panneaux de plastique. Aucun bruit, aucune lumière ne filtrait. Pas d'horaires, pas de pancarte informant que la maison était fermée pour cause de vacances. Seule une affiche déteinte et décollée indiquait qu'on se trouvait à la bonne adresse. Rien d'autre. J'étais à la fois intimidée et effrayée devant ce cri-là, muet. Je n'ai pas osé m'introduire plus loin dans le silence, je suis restée à tourner un moment autour des vitrines toujours aussi opaques et impénétrables, je n'ai pas poussé la porte, pas même essayé. Il faisait froid. Il allait peut-être pleuvoir. Un vertige s'en venait.

Je regarde maintenant ces pages qui se tendent, derrière un écran. Il y a peut-être des élans qui ne se perçoivent que dans la distance.

samedi, septembre 22 2007

Norman Bethune Square

(Et l'espoir qui ne meurt pas) Soleil, livres, silences, paroles, présences ; je respire mieux. Tes yeux bleus deviennent le ciel de ces matins clairs.

Comme pour m'encourager encore : Christopher DeWolf revient sur l'histoire du square où il a pris la photo que j'ai placée en bandeau ici (et qui m'accompagne ailleurs).

Norman Bethune Square, a tiny triangle wedged between the intersection of Guy St. and de Maisonneuve Blvd., is Montreal’s shittiest square. I mean that literally: it quite possibly has more pigeon shit per square inch than any other public space in the whole of Greater Montreal. I have no idea why pigeons like this place so much, but it’s almost like an homage to Trafalgar Square, filled as it is with twitchy flocks of little grey birds.

samedi, septembre 15 2007

...

Souriais-tu sans mentir, pendant tous ces mois, Marie-Laure ? Etaient-ils vrais, tes mots apaisants, francs et simples ? Les randonnées ensemble, le Vercors frais et brumeux. Tu étais très belle, j'essayais de te le dire au détour d'une phrase, tu ne semblais pas y croire. Et sans vraiment te connaître, les liens étaient là. Que s'est-il passé pendant ce qui devait être des vacances ?

Je reste avec mes questions. Et toi tu es morte.

samedi, septembre 8 2007

Lift your skinny fists like antennas to heaven

La boue de Rock en Seine me manque, les pieds glissants, qu'on ne sent plus au bout de trois heures, s'accrocher aux barrières et absorber, des oreilles, des yeux. Tous ces corps qui vibrent et résonnent au son des basses lourdes, l'estomac qui devient tambour et la tête qui martèle...
Rayon produits laitiers de mon supermarché, cet après-midi : regarder les néons blafards et avoir envie de dresser les poings en hurlant sur du Tool.

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