L'année a filé.
Je tombe dans la neige tête la première. Ses cristaux mordants se glissent le long de mes reins découverts. Se relever très vite, l'effort fera fondre les glaçons et réchauffera la peau comme morte. Dévaler encore des pentes, les remonter, inlassablement. Le sommet est dans un brouillard douloureux, le vent râpe, cisaille la peau. Je me retrouve plusieurs fois au bord d'arêtes, sortie de piste sans même m'en rendre compte. Des tâches orange vif, frêles bornes, sont mes bouées. Tout voudrait m'engloutir, tout le pourrait... Et puis le ciel se dégage : on a échappé à plus fort que soi. Se griser alors de vitesse, d'une assurance qui vient au fil des heures. La vallée, au bas de notre ombre sans fin, est caressée de lumière. La journée a filé.